Au Laos, pays le plus bombardé de l'Histoire: le centre COPE réhabilite la mémoire et les corps

Mis à jour : avr. 26


Plus d'un demi-siècle après les bombardements américains sur le Laos (1964-1973), le pays au triste record reste le plus pollué au monde par les bombes à sous-munitions. La menace des explosions de ces armes plane continuellement sur les habitants et chaque année, de nouvelles victimes sont à recenser. À Vientiane, la capitale, les équipes du centre COPE oeuvrent chaque jour à la réhabilitation des victimes.


1/ L'entrée de l'espace dédié aux visiteurs du centre COPE. 2/ Fac-similés de bombes à sous-munitions. 3/Carte créée à partir des données de l'US Air Force. Chaque point rouge représente une mission de bombardement. 4/Mise en scène de prothèses.



Le Laos est le pays le plus lourdement bombardé du monde par habitant dans l'Histoire. De 1964 à 1973, pendant la guerre du Vietnam, les Etats-Unis ont conduit plus de 580 000 missions de bombardement sur le Laos; ce qui équivaut à un bombardement toutes les 8 minutes, durant les 24 heures que dure une journée, pendant 9 ans.

Si l'on poursuit dans la série des informations chiffrées qui font froid dans le dos cela représente deux millions de tonnes de munitions lancées sur le pays pendant la guerre du Vietnam entre 1964 et 1973, soit 270 millions de bombes.

30% , autrement dit environ 80 millions de ces bombes à sous-munitions n'ont pas explosé sur l'instant et demeurent réparties un peu partout dans le pays.


Depuis le pays ne cesse de mener des opérations de repérage et de déminage pour éliminer la menace représentée par ces munitions qui n'ont pas explosé ou UXO (unexploded ordnance). Le repérage se fonde sur des données historiques mais aussi sur le recueil d'informations auprès de la population locale.

Depuis 1973, plus de 20 000 Laotiens ont été tués ou mutilés par les bombes. Les activités qui provoquent bien souvent les explosions sont les activités agricoles ou domestiques. Les enfants représentent environ 40 % des victimes car ils ne savent pas reconnaître une UXO et ont tendance à jouer avec. Tous les ans, ces bombes à sous-munitions continuent d'exploser même si les opérations de déminage font de plus en plus leurs preuves et permettent de réduire le nombre d'explosions.


LE CENTRE COPE


Pour accompagner les mutilés, il n'y a au Laos que 5 centres de réhabilitation. Le centre COPE (Cooperative Orthotic and Prosthetic Enterprise) situé à Vientiane, la capitale du pays, est l'un d'entre eux. Fondé en 1997 par un accord entre le Ministère de la Santé laotien et des ONG internationales ( Power International, World Vision et la Cambodian School of Prosthetics and Orthotics), le centre propose des services de création de prothèses sur-mesure et de rééducation. Il faut souvent que les patients réapprennent tous les gestes du quotidien. COPE couvre tous les coûts, y compris le transport pour venir jusqu'à Vientiane.

Le centre permet de ne pas se sentir isolé, au-delà de la prise en charge physique c'est un vrai soutien psychologique que les mutilés des UXO y trouvent.

Le centre est ouvert aux visiteurs, locaux ou étrangers, qui souhaitent en savoir davantage. Il apparaît même dans certains guides touristiques. Étonnant au premier abord se diront certains. A l'entrée du centre, on peut découvrir une exposition qui replace COPE et sa raison d'être dans un contexte historique. Cette visite est importante, cela ne fait pas l'ombre d'un doute. On a tendance à oublier les victimes laotiennes dans les rétrospectives de la guerre du Vietnam, elles retrouvent ainsi une place.

En 2016, Barack Obama, alors président des Etats-Unis, rend visite au centre. Il reconnaît l'ampleur de la tâche qui revient aux Laotiens pour faire face aux UXO et engage encore davantage la responsabilité morale des Etats-Unis. Il augmente le montant de son investissement dans le programme de déminage. Retrouvez le discours intégral lors de sa venue ci-dessous.


LES SURVIVANTS, LES MUTILÉS


Parmi les survivants des UXO, il y a Bang. Ce jeune homme, qui n'a pas plus de 25 ans, vit dans la province de Vientiane. Une vidéo retraçant son histoire tourne en boucle à l'entrée de l'exposition.


Bang


Après l'explosion, Bang est conduit par sa famille à l'hôpital de proximité puis à l'hôpital régional car son cas est trop grave. Son père a dû acheter du sang, sans quoi il serait certainement mort. Pour cela, il s'est rendu à Vientiane et c'est ainsi qu'il a entendu parler de COPE. Il s'est présenté directement au centre et a trouvé une réponse immédiate: "on peut vous aider". Cela a redonné de l'espoir à Bang qui "voulait à nouveau pouvoir faire ce que les gens font". Un des orthopédistes - prothésiste a réalisé la prothèse, puis les essais, la rééducation (marcher, mettre ses chaussures...) et enfin est venu le temps où Bang a dû s'accoutumer au regard des autres sur sa prothèse. Il a pu finalement retourner vivre chez lui et retrouver ses activités.

Progressivement, le centre s'est mis à accueillir et à accompagner d'autres personnes présentant des handicaps.



Si vous passez à Vientiane, faites un tour au Centre COPE.

Cela n'est jamais inutile de se souvenir.

Cela n'est jamais inutile de soutenir, même à son échelle individuelle, de telles initiatives.


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Allocution du président Obama au Centre COPE

COPE Visitor Center, Vientiane, Laos https://obamawhitehouse.archives.gov/the-press-office/2016/09/07/remarks-president-obama-cooperative-orthotic-and-prosthetic-enterprise

PRÉSIDENT OBAMA: Bonjour à tous. Comme vous l'avez vu, nous venons d'avoir l'occasion d'en savoir plus sur le travail très important qui se fait ici au Centre COPE, et sur l'ampleur du défi posé par les munitions non explosées. 

Pour beaucoup de gens, la guerre est quelque chose que vous lisez dans les livres - vous apprenez les noms des batailles, les dates des conflits et vous regardez des cartes et des images qui décrivent des événements d'il y a longtemps. Pour les États-Unis, l'une des guerres de notre histoire est le conflit appelé la guerre du Vietnam. C'est un conflit long et compliqué qui a coûté la vie à de nombreux jeunes Américains courageux. Mais nous savons aussi que malgré son nom, cette guerre n'a pas été contenue au Vietnam. Cela comprenait de nombreuses années de combats et de bombardements au Cambodge et ici au Laos. Mais dans les années 60 et 70, l'intervention américaine ici au Laos était un secret pour le peuple américain, qui était séparé par de grandes distances, un océan Pacifique, il n'y avait pas Internet, et l'information ne circulait pas aussi facilement qu'aujourd'hui. Pour le peuple du Laos, évidemment, cette guerre n'était pas un secret. Pendant une décennie environ, les États-Unis ont largué plus de bombes sur le Laos que l'Allemagne et le Japon pendant la Seconde Guerre mondiale. Quelque 270 millions de bombes à sous-munitions ont été larguées sur ce pays. Vous pouvez voir certains de ces écrans montrant tout ce qui a atterri sur des maisons relativement simples comme celle-ci, des fermes et des zones rurales. Selon certaines estimations, plus de bombes par habitant ont été larguées sur le Laos que sur tout autre pays du monde. Pour les Laotiens, la guerre était également quelque chose qui n'était pas confiné à un champ de bataille. En plus des soldats et des lignes de ravitaillement, des bombes tombées du ciel ont tué et blessé de nombreux civils, laissant des absences douloureuses à tant de familles. Pour le peuple du Laos, la guerre n'a pas pris fin lorsque les bombes ont cessé de tomber. Quatre-vingt millions d’armes à sous-munitions n’ont pas explosé. Elles étaient réparties sur les terres agricoles, les jungles, les villages, les rivières. Ainsi, au cours des quatre dernières décennies, les Laotiens ont continué de vivre à l'ombre de la guerre. Quelque 20 000 personnes ont été tuées ou blessées par ces munitions non explosées, ou UXO. Pour les habitants du Laos, ce ne sont donc pas que des statistiques. Ces bombes ont emporté la vie d'agriculteurs travaillant dans les champs, de commerçants ramassant de la ferraille, d'enfants jouant à l'extérieur qui pensaient que ces petites boules de métal pouvaient être transformées en jouets.  Et pour les habitants du Laos, il s'agit également de la capacité de bien vivre. Dans les communautés qui dépendent de l'agriculture, vous ne pouvez pas développer votre potentiel sur des terres jonchées d'UXO. Comme l'a dit un agriculteur: «Nous avons besoin que nos terres soient débarrassées des bombes. Sans les bombes, je multiplierais ma production. » Nous savons également que les habitants du Laos sont résistants. Nous constatons cette détermination chez les membres des équipes de déminage que nous avons rencontrées, hommes et femmes qui travaillent depuis des années - cette très jeune femme dit qu'elle y travaille depuis 20 ans - partout dans le pays pour trouver des UXO et les éliminer une par une.

Nous voyons la détermination des survivants des UXO. Certains d'entre vous m'ont entendu parler à Thoummy Silamphan, qui nous rejoint ici aujourd'hui. Quand il n'était qu'un jeune enfant, il a été grièvement blessé par une explosion d'UXO et a perdu sa main gauche. Mais plutôt que de perdre espoir, il a consacré sa vie à donner de l'espoir aux autres. Grâce à son organisation, la Quality of Life Association, Thoummy a aidé les survivants à obtenir des soins médicaux, à trouver du travail, à reconstruire leur vie avec un sentiment de dignité. Et nous constatons cette détermination dans de nombreuses organisations comme celle-ci. Ici, au COPE, vous aidez ceux qui ont souffert des UXO tout en mettant en lumière le travail qui reste à faire. Et dans cet effort, je suis très heureux que l'Amérique soit votre partenaire. Quand j'ai pris mes fonctions, nous dépensions 3 millions de dollars chaque année pour relever l'énorme défi des UXO. Nous avons régulièrement augmenté ce montant, jusqu'à 15 millions de dollars l'an dernier. Ce financement - ainsi que le travail du gouvernement laotien, des UXO Lao, d'autres donateurs internationaux et de plusieurs organisations non gouvernementales - nous a permis de d'augmenter les actions de déminage, en particulier dans les zones qui présentent le plus de potentiel de développement économique. Hier, j'ai donc été fier d'annoncer une augmentation significative de l'engagement des États-Unis dans ce travail. Nous investirons 90 millions de dollars au cours des trois prochaines années dans cet effort. Notre espoir est que ce financement puisse marquer une étape décisive dans la lutte contre le danger des bombes UXO, le déminage, le soutien aux survivants et la perspective d'un avenir meilleur pour le peuple du Laos. 

En tant que président des États-Unis, je pense que nous avons une profonde obligation morale et humanitaire à soutenir ce travail. Nous sommes une nation fondée sur la croyance en la dignité de chaque être humain. Parfois, nous avons eu du mal à rester fidèles à cette croyance, mais c'est précisément pourquoi nous devons toujours travailler pour faire face à ces moments difficiles de l'histoire et pour nouer des amitiés avec des gens que nous avons autrefois appelés ennemis. Cette croyance en la valeur de chaque être humain est ce qui motive les équipes d'Américains qui se rendent dans des régions reculées de cette terre pour retrouver les restes de centaines d'Américains disparus afin que leurs familles puissent recevoir un certain confort. Cette croyance doit nous conduire à valoriser la vie de chaque jeune garçon et fille laotien, qui mérite d'être libéré de la peur de l'ombre d'une guerre qui s'est produite il y a longtemps. Faire ce travail renforce également la confiance. L'histoire n'a pas à nous séparer; cela peut parfois nous rapprocher. Et aborder les chapitres les plus douloureux de notre histoire honnêtement peut créer des ouvertures, comme cela a été le cas au Vietnam, pour travailler ensemble sur d'autres questions, afin que la violence soit remplacée par le commerce pacifique, la coopération et les relations interpersonnelles. Et surtout, reconnaître l'histoire de la guerre et la façon dont elle est vécue concrètement par les gens ordinaires est une façon de rendre les guerres futures moins probables. Nous devons nous forcer à nous rappeler que la guerre ne concerne pas seulement les mots écrits dans les livres ou les noms d'hommes célèbres et de batailles. La guerre concerne les innombrables millions de personnes qui souffrent dans son ombre - les innocents qui meurent et les bombes qui restent non explosées dans les champs des décennies après. Ici au Laos, ici au COPE, nous voyons les victimes des bombes qui ont été larguées à cause des décisions prises il y a un demi-siècle et nous nous rappelons que les guerres font toujours des pertes énormes. Les gens ont souffert et nous avons également vu comment les gens peuvent être ingénieux et résilients. Il nous aide à reconnaître notre humanité commune. Et nous pouvons nous rappeler que la plupart des gens veulent vivre une vie de paix et de sécurité. Nous partageons l'espoir que de cette histoire, nous pourrons prendre des décisions qui mèneront à un avenir meilleur pour le peuple du Laos, pour les États-Unis, pour le monde.  Merci beaucoup, tout le monde.  FIN

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