Dans l'oeil d'ARTE: "le culte des nats en Birmanie"

Mis à jour : avr. 16


Chaque année, au mois d’août, le village de Taungbyon voit sa population exploser. Ce village de 400 habitants reçoit plus de 100 000 Birmans venus adresser leurs prières aux nat, des esprits qui exaucent les vœux. Beaucoup auront voyagé des heures entières avant d’arriver sur le lieu de festival particulièrement couru. Il faut dire que Taungbyon honore deux nat tenant une place importante dans le culte. ARTE propose un documentaire sur le sujet à travers les yeux d'Anne-Sylvie Malbrancke qui fait le tour du monde pour étudier les croyances et les rituels.


"Le culte des nats en Birmanie", série documentaire Rituels du monde, 2019, 27 minutes, n'est plus disponible en replay. Vous pouvez découvrir un autre reportage ARTE sur ce sujet, en cliquant ici.



LES "TRENTE-SEPT SEIGNEURS"


Les nat sont au nombre de trente-sept, tous rattachés à une ville ou un village. Ce sont des êtres humains érigés au rang d’esprit, le plus souvent des membres de familles royales morts de façon violente qui composent ce panthéon.

Les pèlerins paient des médiums, des nat kadaw (littéralement "épouse de nat") pour danser, car c’est ainsi qu’ils entrent en communication avec les nat.


"La vocation à la médiumnité est élective. Elle naît de l’intervention d’un esprit qui intervient dans la vie d’une personne en jetant son dévolu sur elle pour qu’elle devienne sa « monture ». L’idée est que l’esprit séduit la personne, l’attire dans ses filets, pour enclencher une relation qui est ensuite normalisée par un rituel de mariage." explique Bénédicte Brac de la Perrière dans sa recherche "Expériences des mondes spirituels et savoirs en Birmanie: la place de l'ethnographe", disponible en ligne ici.

Parmi les nat kadaw, il y a quelques femmes mais la grande majorité sont des hommes, travestis ou homosexuels. Dans un pays où l’homosexualité demeure illégale, ils peuvent ainsi vivre librement leur différence le temps du rituel.


Lors du festival, les fidèles font des offrandes aux nat et donnent de l'argent aux médiums afin qu'il dansent pour entrer en transe. L’esprit vient alors s’incarner dans le corps du médium mais il peut aussi se saisir du corps des pèlerins. Bénédicte Brac de la Perrière décrit ce phénomène comme "la possession dans sa forme positive, c’est-à-dire associant l’adorcisme à l’incarnation.".



UN ÉPISODE DE LA SÉRIE DOCUMENTAIRE "RITUELS DU MONDE" PROPOSÉE PAR ARTE

Docteure en anthropologie sociale et ethnologie, Anne-Sylvie Malbrancke accompagne Daw Kyar Ma, une commerçante de Rangoon, qui espère que les nat guériront son mari, malade du pancréas, et leur offriront une vie meilleure.

Cette bouddhiste vénère aussi ces esprits protecteurs et participe tous les ans au pèlerinage de Taungbyon, économisant pour cela toute l’année. Les nat sont révérés depuis l’antiquité en Birmanie, bien avant l’arrivée du bouddhisme. Ce syncrétisme est très répandu dans l’ethnie majoritaire en Birmanie, les Birmans. On le retrouve plus largement dans d’autres pays d’Asie du Sud-Est où il est fréquent que bouddhisme et animisme cohabitent.

Il semblerait que cela soit quelque peu remis en question par certains moines bouddhistes (pour en savoir plus, « Monks in Myanmar have a new target » paru en novembre 2019 dans The Economist).


Pour une première approche de ces "passeurs de vœux", le reportage d’Anne-Sylvie Malbrancke est idéal. La réalisation réussit à plonger le spectateur dans une ambiance birmane authentique et les commentaires sont très pédagogiques.


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