LE LOTUS ROUGE. Les carnets intimes de Hô Chi Min.

"Le Lotus Rouge" est le nouveau livre de Marc Wiltz, auteur et fondateur des éditions MAGELLAN & Cie. La quatrième de couverture annonce essayer de "restituer sa réalité et son destin hors du commun" à celui qui est "devenu au bout de son chemin le "père" de la nation vietnamienne.". La promesse est tenue car c'est un portrait nuancé et richement documenté que nous livre l'auteur.


"Au moment de mourir à son tour, au début de cette année 2016, Virginie ne pouvait plus garder pour elle seule ce secret de famille si lourd pour ses frêles épaules. L'histoire devait passer à d'autres. À lui d'abord, mais elle n'en avait jamais eu le courage."

C'est un secret de famille révélé à Michel, le narrateur, qui motive tout le récit et permet d'entrer dans l'intimité de l'Oncle Hô. Le roman est à la croisée des chemins: Histoire, écrits apocryphes du célèbre Vietnamien et voyage culturel. Le procédé narratif alliant fiction et faits historiques est toutefois un exercice difficile mais Marc Wiltz parvient habilement à nous entraîner sur deux chemins parallèles, néanmoins, intrinsèquement liés.


D'abord, celui d'Hô Chi Minh par le biais de supposés carnets personnels qui donnent accès à la pensée du révolutionnaire anticolonialiste. On distingue bien la progression de ses prises de position et des événements puisque les carnets (dont l'origine n'est pas authentique je le répète) sont rédigés entre 1919 et 1968. On croise des personnages majeurs tels que Ferry, Malraux, Doumer, Blum, Sarrault ou encore Louise Michel, dans le désordre. Les quelques lignes sur la Régie de l'Opium sont intéressantes et donnent envie d'en savoir davantage sur ce commerce. Le roman parcourt presque tout le XXe siècle et donne ainsi le sentiment de se retrouver dans les arcanes des penseurs et hommes politiques de la période coloniale.

Il y a aussi le voyage initiatique de Michel qui nous emmène lui dans un Vietnam récent. On découvre toute une géographie d'Hanoï mais également des éléments culturels passionnants. Savez-vous ce qu'est le caodaïsme par exemple? Quelques photos accompagnent le récit de ce narrateur qui cherche à s'imprégner d'un pays qu'il ne connaît pas ou peu et où pourtant il est né en 1956.

Cette double entrée de la narration permet d'être à la fois au coeur de la période de décolonisation du Vietnam et d'en avoir une analyse postérieure. Elle pose aussi implicitement à travers le personnage de Michel la question du déracinement et de la double culture.


"Le Lotus Rouge" est un excellent moyen pour aborder cette page de l'Histoire en combinant richesse documentaire et plaisir de lecture. Il permet de facto d'en apprendre davantage sur le Vietnam d'hier et d'aujourd'hui. Il y a d'ailleurs à la fin quelques pages consacrées à des repères biographiques et à la dense bibliographie sur laquelle l'auteur s'est appuyé.

Une phrase du livre éclaire la démarche de Marc Wiltz à mon sens: " Lire pour découvrir les mondes passés ou pour imaginer les perspectives de demain".




Biographie de Marc Wiltz (source: Babelio)


Marc Wiltz est un écrivain et un éditeur.

Il a passé toute son enfance au Havre jusqu'à 22 ans. Diplômé de l'École supérieure de commerce du Havre en 1983, il essaie le théâtre, la radio (Porte Océane au Havre), l'édition (Petit Futé en 1983) et un stage de deuxième année à la maison de la Culture (Le Volcan au Havre).


Puis il travaille chez IBM, passe deux ans en Afrique, avant de devenir gestionnaire de studios de tournage de cinéma pendant 4 ans.


En 1999, il crée la maison d'édition Magellan & Cie, qui développe sa production éditoriale dans deux domaines : le voyage et le spectacle.


En tant qu’auteur ou photographe, Marc Wiltz s’est d’abord orienté vers des travaux en rapport avec des sujets parisiens ou normands : "Paris Panorama" (2004), aux éditions ASA, "Victor Hugo sur les routes de Normandie" (2002), "Monet, Lumières sur la cathédrale de Rouen" (2005), "Lumières du pays de Caux" (2002)… aux éditions Magellan & Cie avec des coauteurs soit pour le texte soit pour les photographies.


Son premier livre, paru en 2011, "Le Tour du monde en 80 livres" a rencontré un bel écho dans la presse. En 2015 il publie "Il pleut des mains sur le Congo" (Magellan & Cie), qui revient sur les crimes coloniaux au Congo.

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