Les confidences de Franck Quéré au sujet de son premier roman, "Sothon".

Découvrez la chronique sur le livre ici.


Se plonger dans un roman, en aimer les rouages, s'attacher aux personnages et avoir l'envie de s'entretenir avec son auteur pour prolonger le plaisir de lecture; ce qui m'a conduite à contacter Franck Quéré est aussi simple que cela. Avec beaucoup de générosité, celui qui se définit davantage comme "un conteur d'histoires plutôt que comme un écrivain" a accepté de répondre à mes questions.


Comment l'idée de ce récit est-elle venue ?

Les questions autour de nos ancêtres et de leur impact sur nos vies me trottaient dans la tête depuis quelques années. Le format de l'enquête généalogique m'est apparu rapidement comme étant une manière intéressante de partager cela avec des lecteurs. Comme il s'agissait de mon premier roman, j'ai transposé cela vers un pays pour lequel j'ai beaucoup d'affection: le Cambodge. Comme base de départ, je suis parti de questions pour lesquelles je n'avais jamais pris le temps de me documenter: des questions sur l'histoire du pays ou le rapport au religieux.


Justement comment vous êtes-vous documenté pour écrire le roman et combien de temps vous a pris le travail d'écriture?

Avant de me lancer dans la phase d'écriture, j'ai documenté le récit pendant un peu plus de six mois. Dans un gros carnet, j'ai noté d'un coté des questions qui m'avaient traversé l'esprit: à quoi pouvait bien ressembler Phnom Penh une fois vidée de ses habitants après l'arrivée des Khmers rouges? Quelles médecines étaient mises en œuvre dans le pays? Comment se vit au quotidien l'octuple sentier (ndlr: la voie vers la fin de la souffrance et vers l'éveil de soi dans le bouddhisme) ?

De l'autre côté du carnet, je griffonnais un axe chronologique sur lequel je plaçais les vies des différents personnages. L'écriture s'est ensuite faite relativement rapidement à mon sens, en un peu moins de six mois. Il a fallu enfin compter trois mois de relectures et reprises avec l'éditeur.


Comment avez-vous choisi le titre et pourquoi ce prénom-là?

Initialement, le manuscrit s'intitulait "L'octuple sentier". L'ossature de l'enseignement délivré par Sothon se fait en suivant la trame de ce chemin. Après une réflexion commune avec l'éditeur, un titre mettant en avant celui qui transforme cette enquête en quête nous a paru être une meilleure option pour ce roman.

Concernant les prénoms, chacun d'entre eux évoque un souvenir. Les noms cambodgiens sont également choisis en fonction de leur signification. Ainsi Sothon (ou Sotun) fait référence à quelqu'un de bon.


À quand le prochain roman?

J'avais pratiquement finalisé les recherches pour un roman quand un ami m'a proposé d'écrire une histoire à deux mains. C'est une expérience d'écriture formidable et j'espère que nous pourrons mettre les dernières touches au manuscrit d'ici le printemps prochain.



Loin des clichés sur le Cambodge, Franck Quéré parvient à construire des personnages qui disent tous quelque chose du pays. La rencontre entre le bouddhisme et l'animisme, le contraste entre la médecine allopathique et la médecine traditionnelle, la corruption et surtout la coexistence au sein d'une même famille de bourreaux et de victimes. L'exemple de la famille de Sothon peut nous donner des pistes de réflexion lorsque, de notre point de vue d'observateurs, nous essayons de comprendre la capacité de résilience du peuple khmer et la cohabitation entre anciens khmers rouges et victimes du régime.


Au delà des échanges que cet ingénieur agronome de métier a pu avoir avec des Cambodgiens, il s'est beaucoup renseigné par la lecture d'ouvrages spécialisés, d'articles de recherche mais aussi par la consultation de documents iconographiques.

Cette influence des images se ressent car il y a quelque chose de très visuel dans l'écriture de Franck Quéré. Au fil de la lecture de "Sothon", me viennent en tête les dessins de Tian dans sa bande dessinée "L'année du lièvre" ou des images du film d'animation de Denis Do, "Funan". D'ailleurs, lorsque je lui demande un conseil de lecture ou de visionnage pour les lecteurs de Comptoir de la Mousson, ce qui lui vient spontanément à l'esprit c'est justement"Funan", cette "mémoire animée du génocide cambodgien" pour reprendre les mots de Thomas Sotinel, journaliste au Monde.



Derrière les faits historiques, il y a ce que Franck Quéré appelle "la réalité humaine" qui est toujours plus complexe qu'il n'y paraît. Par exemple, Phnom Penh a-t-elle été complètement abandonnée après la prise d'avril 1975? Qui sont ceux qui restaient?

D'ailleurs, si vous souhaitez aller plus loin sur ce sujet, vous pouvez lire l'article de recherche "Mort et renaissance d’une capitale: Phnom Penh victime des Khmers rouges" de Sophie Clément-Charpentier:


Sous le régime du Kampuchea démocratique, Phnom Penh vit une expérience qui va la marquer durablement. À cause de la disproportion entre le nombre d’habitants avant et après 1975, elle paraît vide aux yeux des observateurs. La ville n’est pourtant pas complètement désertée, elle est occupée par les organes de décision du régime de Pol Pot, par l’administration de l’Angkar, « l’Organisation », et par des soldats et des ouvriers. Dès les premières semaines, l’Angkar fait entrer en ville des ruraux pour prendre en charge le secteur productif, essentiellement agricole et industriel. Des usines sont rouvertes, d’autres sont construites, formant des « cités ouvrières ».

Merci à Franck Quéré d'avoir répondu à mes questions. Son roman est disponible en librairie ou directement sur le site des Éditions Gope.

N'hésitez surtout pas à partager votre avis sur cette lecture en commentaire, je serais très heureuse de le lire !

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