Musique thaïlandaise : le luk thung cultive l'âme des champs



Dans son livre Luk thung - La musique la plus populaire de Thaïlande, James Mitchell propose une analyse musicologique mais aussi culturelle et politique d'un courant musical emblématique du pays du sourire.


Les rizières thaïlandaises ont leur musique. Le luk thung, littéralement “l'enfant des champs”, est la forme la plus populaire de musique country thaïlandaise. Apparu à la fin des années 1930, c’est l’arrivée de la télévision dans les années 1960 qui a encouragé son succès. Le terme apparaît d’ailleurs à ce moment-là. Dans son livre paru récemment, l’ethnomusicologue James Mitchell retrace l’histoire de ce courant musical et pénètre dans les arcanes de son industrie. Son analyse entraîne inévitablement en Isan, la région du nord-est de la Thaïlande, où l'essence du luk thung prend racine.


L'Isan au coeur

Les chansons de luk thung témoignent des durs travaux des paysans, des frustrations et des malheurs de la classe ouvrière thaïlandaise. Si le luk thung exacerbe le sentiment d’appartenance nationale, alimenté par des campagnes comme “Acheter thaï, consommer thaï", il dépeint surtout une identité issanaise, issue de la région la plus pauvre et rurale du pays, juste à la frontière avec le Laos. James Mitchell parle même de "patriotisme issanais". Le luk thung se confond avec l'Isan traduisant à la fois un sentiment de marginalité et une fierté régionale. "Grâce au luk thunk, les Thaïs du Centre ont pu s'habituer progressivement à la langue et à la culture issanaise", peut-on lire sous la plume de l'universitaire.


Le tube Khon ban diaokan (Les gens qui viennent du même village) interprété par Phai Phongsathon dévoile "l'une des affirmations les plus claires de l'identité issanaise transmises par les chansons de luk thunk", selon James Mitchell.



Le luk thung comme objet politique

James Mitchell offre un examen détaillé du rôle médiatisé du luk thung lors des troubles politiques de ces dernières années en Thaïlande. Son ouvrage retrace les courants idéologiques qui lui sont associés. Un exercice difficile mené avec brio tant les mouvements politiques sont aussi nombreux qu'opposés à s'être emparés du luk thung. Sans aucun doute la partie la plus intéressante du livre pour les non-initiés en musicologie.

Avec la publication de cet essai, David Magliocco, le fondateur des éditions Gope, prouve une fois de plus son art de dénicher des pépites. En l'occurrence, une aventure musicale et universitaire qui s'adresse aux passionnés de musique comme aux amoureux de la Thaïlande, où une journée sans son n'existe pas.


Luk thung – La musique la plus populaire de Thaïlande, James Mitchell, éditions Gope, 22€.





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